INFILTRATION DANS UNE EXPO


Désireux d’aller toujours plus loin dans le journalisme d’investigation, je suis allé enquêter sur le terrain. Pour vous, en exclusivité sur www.sodosopa.fr voici les dessous d’une expo sur Paris.

provoc

L’esprit provoc cher à sodosopa.fr : je mets le doigt où il faut pas, tel un puceau.

L’exposition en question se nomme L’Art dans le jeu vidéo : inspiration française. Ce qui est trompeur, ils auraient mieux fait d’appeler ça L’Art dans le jeu vidéo français. Car c’est uniquement de ça qu’il s’agit. Autrement dit, on va bouffer de l’Ubisoft à toutes les sauces. Je me demande même si l’expo n’est pas une forme de communication déguisée, organisée par Ubisoft.

Afin d’être incognito, je me fais passer pour un jeune gay lambda qui vient avec son petit copain passer son samedi après-midi dans une expo Quai d’Austerlitz, car ils en ont marre de rester enfermés dans leur chambre à baiser tout le weekend. Je suis supposé être passif et mon copain actif, mais quand il m’énerve car il a mélangé les couleurs du linge ou effacé mes épisodes de Cougar Town, on échange les rôles et je le défonce. On est censés s’être rencontrés un samedi soir dans les toilettes du Café Oz de Denfert-Rochereau où, en voyant les images de femmes au-dessus des urinoirs, il se serait exclamé « Au lieu de mettre ces pouffiasses, ils devraient plutôt mettre des photos de Caitlyn Jenner, elle au moins c’est une vraie femme ! » En entendant cela, je me serais retourné vers lui sans prendre la peine de ranger ma queue et, charmé par mes attributs, nous serions tombés amoureux l’un de l’autre. Mes parents n’auraient pas approuvé tout de suite notre union, non pas car c’est un mec, mais parce qu’il travaille dans l’art, autrement dit il branle rien et gagne tout autant. Mais cela justifierait donc notre petite escapade au musée de l’Art Ludique, et puis comme c’est juste en dessous du Nuba, rien ne nous empêcherait d’aller ensuite s’envoyer quelques shots avant de s’envoyer dans les chiottes. Bref, j’ai prévu tout un background en béton pour nos personnages, mais durant la visite personne nous a parlé donc ca n’a servi à rien.

Dès qu’on arrive, on nous propose des audio-guides. Ce sont des petits boitiers que tu dois te coller à l’oreille pour qu’ils t’expliquent ce que tu vois au cas où tu serais vraiment trop con pour comprendre un dessin. Par exemple, quand tu vois une maison avec le numéro 7, tu mets 7 dans l’audio-guide pour qu’il te dise « C’est une maison. » Enfin je pense que c’est ça, j’en sais rien je l’ai pas pris c’est de la merde. En plus c’est un nid à microbes ce truc, j’avais pas envie de rentrer à Marseille avec une otite.

Et c’est parti pour la visite. On est tout de suite séduit par des gribouillis faits à main levée, au crayon, sur des post-it, et on se dit pas du tout qu’on vient pas de foutre en l’air 15€. Alors on regarde un peu tout autour, mais rien n’y fait, cette première salle est un échec. Donc inutile de la détailler davantage. Heureusement, la seconde salle est nettement mieux. Là, on tombe sur un éclairage tamisé, de belles images mises en valeur la plupart du temps par des backlights (enfin une utilisation pertinente de ce support) et une ode visuelle à Assassin’s Creed 1, 2, Brotherhood, Revelations, 3, 4, Rogue, Unity, et peut-être aussi Syndicate. Je sais plus, y en a trop de ces merdes. Beaucoup trop. Du coup, peu de place pour The Division qui sort quand même bien du lot, et pour Dishonored qui ressemble quand même énormément à Assassin’s Creed.

On change de salle, et là que voit-on ? De l’Assassin’s Creed ! Mais ça va, y aussi du Tom Clancy’s (Ubisoft bien sûr). Du coup je me fais une raison, et je commence à m’intéresser moins aux dessins qu’aux gens autour de moi. Je repère rapidement une fille qui prend des notes dans un calepin. Sûrement une journaliste qui se cache comme moi, sauf que j’ai de suite grillé sa couverture. Elle voulait se faire passer pour la jolie lesbienne cool qui vient seule dans une expo et qui prend des notes, pour ensuite aller à l’hôpital raconter tout ce qu’elle a vu à sa petite amie. Petite amie qui serait atteinte d’une grave maladie vénérienne, choppée lors d’un adultère avec une fille rencontrée dans un bar à Chatelet. Elle lui aurait malgré tout pardonné son infidélité, la maladie étant déjà une assez dure punition comme ça. En revanche, depuis ce drame, elles auraient arrêté de faire les ciseaux. Mais il y a quelque chose qui cloche dans son histoire : pourquoi une lesbienne utiliserait un stylo pour prendre des notes en 2015 ? A n’en pas douter, cette fille est définitivement une journaliste hétéro.

expo

C’est des maisons ou des kebabs ? J’aurais dû prendre l’audio-guide…

Changement de salle, on découvre du Far Cry et c’est plutôt cool. Bien entendu, ça signifie encore qu’on doit se branler sur Ubisoft et rien d’autre. Alors je pars à la recherche de gens fascinants et je trouve quelqu’un. Un charmant père de famille qui explique à son fils et sa femme que dans Far Cry 4, il faut utiliser des tyroliennes et des grappins car toute la map joue sur la verticalité, et leur dit a quel point il s’est régalé en y jouant. Je pense que ce gros enculé est un employé d’Ubisoft payé pour réciter son charabia commercial en restant à cet endroit toute la journée, et que la femme et le gosse ne sont en fait que des automates en carton (j’avoue ne pas les avoir léchés pour vérifier, erreur classique de journaliste débutant). Une vidéo nous montre que les mecs d’Ubisoft qui travaillent sur Far Cry sont les meilleurs du monde et qu’en plus de soigner le cancer en claquant des doigts, ils réalisent de super jeux.

Nouvelle salle. On a droit au quota désormais habituel d’Assassin’s Creed, mais avec du Rayman qui vient changer un peu le ton de la visite. Je précise pour ceux qui ne le savent pas que Rayman, c’est aussi de l’Ubisoft. Mais pour contrebalancer tout ce placement de produits, ils ont quand même mis pas mal de Dishonored. Je me mets donc à chercher d’autres personnes intéressantes, et je trouve une vieille, je suis mauvais pour les âges mais je dirais 125 ans, qui discute avec son petit-fils, genre 2 ans. Et ce qui est étonnant, c’est que la vieille explique à l’enfant l’art dans le jeu vidéo, pendant que l’enfant lui dit de plutôt la fermer et d’écouter son audio-guide. Alors je me demande si cette scène ne fait pas partie intégrante de l’expo, une sorte d’œuvre vivante pour mettre en avant le choc générationnel, le fait que nos aînés pourraient nous surprendre en nous enseignant plein de choses sur des sujets qui nous passionnent. Puis finalement je réalise que c’est juste une vieille atteinte d’Alzheimer.

On arrive vers la fin, et là on découvre du Heavy Rain. Je m’empresse de dire à haute voix que le vieux détective privé qui a l’air méchant beh en fait c’est lui le méchant. Et en voulant balancer un spoil infâme, je me rends compte qu’en fait ce jeu est à chier. On voit aussi Ellen Page, mais pas dans The Last of Us (pas le droit, pas Français), mais dans Beyond : Two Souls. Donc y a aussi l’autre acteur là, le Bouffon Vert. Bref.

Dernière salle faisant place à la féerie des Lapins Crétins et de je ne sais quoi d’autre. J’étais trop curieux de savoir ce que la fausse lesbienne écrivait sur son bloc-notes que j’ai pas vraiment fait attention aux œuvres. Mais on s’est fait rattraper par la vieille et son petit-fils, c’était marrant. Je me suis dit qu’ils nous suivaient pour nous montrer que le temps nous rattrape toujours peu importe notre âge et que ça mettait en avant la mort mais aussi le cycle de la vie au travers des générations passées et futures. Puis j’ai compris qu’en fait ils suivaient juste les numéros de l’audio-guide.

Et enfin la sortie, via une boutique où on peut acheter un paquet de merdes au prix fort. Je me suis contenté d’actions Ubisoft puisque tout ceci n’était en fait organisé que dans ce but. Puis en arrivant dehors, on a poursuivi la journaliste pour détruire ses notes. Mais la pétasse marchait vite, et dans la direction opposée de la voiture, donc on a dû abandonner.

Au final, mon infiltration s’est déroulée comme prévue et je peux dire sans honte que cette expo n’est en fait qu’une pub. L’art n’est pas que visuel, donc on ne devrait pas se limiter aux graphismes d’un jeu. Le scénario, le ressenti, le gameplay, tout ça peut constituer quelque chose d’artistique quand c’est bien fait. Mais si on compte uniquement sur Ubisoft, à part Far Cry 3 et Rayman, les gars misent quasiment que sur les graphismes. Dommage pour eux, pour nous, et pour l’expo.

Conclusion : à voir si vous êtes un couple gay sur Paris.


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