INFILTRATION EN ALASKA 2


Sodosopa a claqué le budget des 120 prochaines années pour envoyer son meilleur journaliste d’investigation au bout du monde. Est-ce que ça valait le coup ?

A tous les coups y a pas la 4G.


Quand le Rédacteur en Chef de Sodosopa m’a dit qu’il fallait frapper fort pour cette saison 3, et qu’on devait surtout pas lésiner sur les moyens, j’ai de suite proposé de partir en infiltration à Las Vegas pour enquêter sur les escort girls. Ma proposition rapidement déclinée, je me suis vu refuser par la suite une enquête dans les salons de massage Thaïlandais, un reportage en Allemagne sur les maisons closes à volonté, et même un simple weekend à La Jonquera pour un article “Cigarettes ou pipe : c’est quoi le moins cher en Espagne ?

On m’a dit que Sodosopa.fr c’était pas Zone Interdite, puis on m’a réorienté vers une infiltration dans l’océan Indien pour enquêter sur les Sentinelles, ce peuple isolé de toute civilisation qui bute ceux qui vont sur leur île. Et là j’ai posé mon veto. Si je voulais mourir pour mon journal, j’irais pas me faire chier à voyager au bout du monde pour traquer des bouffeurs de racines qui se baladent les couilles à l’air alors que je peux me contenter de poster des caricatures de Mahomet sans bouger de mes chiottes. Et puis c’est en voyant une rediffusion de Malcolm, lorsque Francis est en Alaska, que j’ai eu la révélation. J’ai donc décidé de dépenser tout le fric qu’on a pas et de partir dans le plus grand État des USA pour faire découvrir à nos lecteurs ce qu’est la vie au bout du monde, mais surtout pour voir si y a de quoi baiser.

Un paysage d’une homogénéité à en faire pâlir Eric Zemmour.

Afin de dissimuler ma vraie identité de journaliste, je me fais passer pour un Français étudiant à New York qui aurait décidé de profiter de son temps libre pour visiter l’Alaska. Au cas où on me demanderait pourquoi l’Alaska et non pas une destination plus chaleureuse comme la Floride ou la Californie, j’ai prévu l’excuse d’être allergique au soleil et aux hispaniques. Après un départ de Paris pour Seattle, et 11H de souffrance en classe éco, je change d’avion pour me faire violer les lombaires 4H supplémentaires avant d’arriver à Anchorage. Et là, grosse déception : Anchorage est semblable à toutes les autres villes typiquement américaines. Une autoroute qui la traverse, des rues quadrillées, et des zones commerciales offrant la grande gastronomie des Wendy’s et Arby’s, et ses traditionnels Banana Republic, Best Buy, Bed Bath and Beyond, et plein d’autres magasins qui commencent par B. Puis on trouve également beaucoup de clodos autour des liquor stores, et là je me dis que j’ai pas fait 7500Km pour me faire harceler mes tickets resto. Si je veux découvrir l’Alaska, il faut que j’aille dans un bled paumé. Je retourne donc à l’aéroport et embarque cette fois-ci dans l’équivalent d’un bus scolaire à hélice en direction de Valdez (ça se prononce Valdiz, probablement car les Américains en ont rien à foutre de la prononciation originale). Il doit y avoir une quarantaine de sièges dans l’avion, mais on est juste une douzaine de passagers sur ce vol. Je goûte donc à ce qui se rapproche le plus d’un vol en jet privé, sauf qu’on a pas de champagne et qu’on va probablement tous mourir.

The Last Frontier.

40 minutes et deux sous-vêtements plus tard, on se pose à Valdez. Et alors que je descends les quelques marches qui conduisent de l’avion au sol, je réalise enfin que je suis en Alaska : des montagnes, de la neige, des ours, et bien sûr des péquenauds qui ont tous un flingue dans leur pickup. God bless America.

Voilà comment Armstrong a vraiment perdu sa couille.

Accessible par une seule route (ou en bateau) et proche du pôle Nord, il y fait nuit tout l’hiver, ce qui ne change pas grand chose puisqu’on n’y voit déjà rien sous les 15 mètres de neige qui tombent durant cette saison. Et donc l’été, il fait jour toute la nuit, et là ça pose problème pour dormir dans ce pays qui a inventé la bombe atomique mais qui n’est pas foutu de commercialiser de simples volets à accrocher aux fenêtres.

Photo prise à 1H du matin (non j’ai rien d’autre à foutre à ce moment là).

Dans le centre ville, c’est la folie. Il y a un supermarché qui propose un peu de tout mais, les biens étant importés, il faut vendre ses organes pour avoir les moyens de remplir son chariot. Je décide donc de vendre mon foie pour m’acheter des citrons verts à $2/pièce, de toute façon j’en aurai plus besoin lorsque les daiquiris auront eu raison de lui. Pour le rhum, c’est au liquor store juste à côté, et c’est à peine $40 la bouteille ! Un tarif qui nous rappellera nos chères alimentations de nuit. Ce qui me fait réaliser qu’ici il n’y a ni Noirs ni Arabes, Marine devrait venir y emménager, ça arrangerait tout le monde. Les seuls minorités ethniques qui ressortent au milieu de tous ces Blancs sont les Natifs, ce qui est assez cocasse quand on sait qu’ils étaient là avant. Enfin je dis cocasse, d’autres disent génocide, mais on va pas chipoter sur la sémantique (mais si vous êtes curieux direction l’article sur Thanksgiving).

Étrangement, le parking du supermarché ne suffit pas à tromper l’ennui.

Puisque j’ai fait mon stock d’alcool, je me dirige ensuite au weed store pour faire mon stock de cannabis. Après avoir contrôlé mon passeport à l’entrée, on me demande si je veux bien planter une petite aiguille colorée sur la carte du monde accrochée au mur pour montrer d’où je viens. Avec une grande fierté non dissimulée, je m’exécute et réalise que je suis leur premier client venant de Marseille, et bien qu’ils aient l’air ravis de l’apprendre, je vois bien qu’ils sont juste raides défoncés. A l’intérieur, le patron m’accueille à bras ouverts, totalement extatique d’apprendre que je suis Français, mais je pense plutôt qu’il est high as fuck. Je décide de prendre un vape pen hautement concentré en THC et des cookies, histoire de pas noircir mes poumons au cas où j’aurais besoin d’aller refaire les courses. Au moment de payer on me redemande mon passeport, dans le doute où j’aurais rajeuni depuis que je suis arrivé dans la boutique, mais je crois que c’est surtout car ils sont trop défoncés pour s’en rappeler. C’est en tout cas rassurant d’avoir affaire à des professionnels qui aiment tellement leurs produits qu’ils le consomment H24.

Je suis pas le seul à aimer leurs cookies.

Je fais aussi un petit tour au hardware store, qu’on appelle la droguerie en français. Et si une droguerie vend un peu de tout sauf de la drogue, un hardware store, lui, vend un peu de tout mais surtout UNE TONNE DE FLINGUES. Y a du petit calibre, du gros calibre, du fusil à pompe, du fusil d’assaut, et plein d’autres instruments de mort accessibles avec un simple permis de conduire d’Alaska. C’était beaucoup plus compliqué d’acheter de la beuh dix minutes plus tôt. Merci la NRA de réduire toute cette paperasse administrative. Je ne peux donc pas acheter d’armes car je suis étranger, mais on me rassure en me disant qu’ici tout le monde a un flingue, en cas d’attaque d’ours. Et bizarrement, ça ne me rassure pas. J’achète quand même un bear spray, une sorte de grosse bombe lacrymo qui repousse les ours et les étudiants.

Y a plus de choix qu’à La Foir’Fouille.

Dans Valdez, il y a également une école-collège-lycée-fac dans laquelle il vaut mieux pas se pisser dessus au CP sans quoi on vous appellera encore pisseux à vos 22 ans. Sa piscine est une des rares activités offertes aux jeunes de la ville, ça et le droit d’avoir une jeunesse de merde.

Des activités extrascolaires alliant découverte de la nature et préparation aux tueries de masse.

Il y a aussi deux restaurants décents qui se nomment Fu Kung (en verlan ça fait Kung Fu) et The Fat Mermaid (en verlan ça fait rien). Ce dernier est un restaurant fourre-tout qui a décidé de ne pas se spécialiser dans un plat qu’il maîtrise, mais plutôt d’en proposer 800 qu’il saccage.

Fu Kung, lui, est un restaurant chinois en Alaska tenu par des Coréens qui vous servent aussi de la bouffe thaï et japonaise tout en diffusant de la chanson française. Autrement dit on y va pas pour chercher les produits AOC. De toute façon, ils font sûrement leurs courses au Paris Store, et on se doute bien que les lapins qui errent en masse dans Valdez leur servent de matière première pour les nems. Leurs sushis sont faits avec du saumon local, ce qui ne se reflète absolument pas sur l’addition, puisqu’à $7 la paire j’ai dû vendre un rein pour être rassasier.

Voilà les différents saumons que j’attraperai pas.

Néanmoins, le saumon est bien meilleur que le truc orange qu’on trouve à Sushi Shop, et puisque c’est la saison, je décide de prendre la voiture et de partir le long de la rivière Klutina pour en pêcher. Mais comme j’y connais rien, je fais comme tous les putain de touristes et finis dans un camping. Là-bas, Franck Dubosc se retournerait dans sa tombe, ou du moins celle de sa carrière, s’il voyait l’endroit. Pas de bungalows, pas de piscine, même pas un animateur pour lancer la chenille. Je suis réellement au bout du monde, au milieu de nulle part, sans réseau ni wifi, à deux heures de route de ce qui ressemble vaguement à de la civilisation, et là j’ai envie de dire “Dans ton cul les Sentinelles”. Ici c’est le camping au sens brut : une place pour garer sa caravane, faire un feu, et pour passer le temps la seule chose à faire c’est pêcher.

Alors je pêche, et après quelques minutes je commence à me rappeler pourquoi je ne pêche jamais à Marseille : parce que c’est chiant à mourir. Puis après des heures sans rien chopper, on me conseille de faire un fishing trip, c’est une balade en rafting avec un guide que je dois payer $200 pour qu’il m’arrête aux meilleurs endroits de la rivière. Ça sent l’attrape-touristes mais bon, c’est Sodosopa qui paye alors je m’en branle, allons faire du bateau. Sauf que ce que je savais pas, c’est que ça dure 5H cette merde. Je m’étais jamais fait autant chier depuis Le Hobbit et les nains qui chantent en faisant la vaisselle. Bien entendu le seul truc que j’ai attrapé c’est des crampes. Le guide s’excuse en me sortant que j’arrive un peu tard et que la plupart des saumons ont déjà remonté la rivière. Il aurait pu me le dire AVANT de prendre mes $200, mais bon je suis fair play et je dis rien, il faut bien qu’il ramène le pain sur la table pour nourrir sa pute de femme et ses enculés de gosses. Il me conseille d’aller voir un professionnel pour aller pêcher le flétan en mer, apparemment ce mec est le Teddy Riner de la pêche, pas parce qu’il fait des ippons aux poissons (les poissons n’ont pas de bras) mais parce qu’il gagne à tous les coups.

Ça valait le coup de passer le TOEFL.

Je retourne donc à Valdez pour un nouveau fishing trip à tout de même $400 par personne mais bon je suis pas à ça près, surtout que c’est pas moi qui paye. On part à 6H du matin sur un bateau de pêche partagé avec d’autres connards comme moi qui, incapables de se serrer une meuf par eux-mêmes, vont se payer un bon gros tapin. Ce que personne ne m’avait dit, c’est qu’on en a pour 4H de bateau aller et 4H retour. Alors oui au début c’est beau, on voit les glaciers, des dauphins et des baleines, puis quand y a plus rien à voir, on se fait chier comme devant un film de Terrence Malick. Par contre, lorsqu’on s’arrête enfin pour pêcher, la fête commence et là c’est une vraie partouze. J’ai l’impression d’être DSK sous cocaïne dans une orgie romaine, on tire absolument tout ce qui bouge. On déglingue tout et on atteint notre quota en un rien de temps. Reste plus qu’à rentrer au port pour faire découper et congeler tout ça avant de l’expédier, le tout pour le prix d’un pancréas.

J’ai enfin gagné un concours de bites.

Pour dormir, je décide d’aller dans un lodge à 45 minutes de route. Un lodge, c’est comme un motel mais avec des animaux sauvages à la place des putes sur le parking. Bref, c’est comme un motel. J’ai la chance de tomber sur le Tsaina Lodge, moderne, et j’y passe quelques nuits contre, bien sûr, la vente d’un poumon et de ma cornée. Au printemps, l’endroit accueille des riches du monde entier qui viennent faire de l’héliski : du ski hors-piste avec un hélicoptère qui les mène dans les meilleures descentes et un guide qui les empêche de mourir dans les meilleures crevasses. Ça a l’air plutôt cool, sauf que je suis autant à l’aise sur des skis que Bambi sur de la glace, donc je préfère m’abstenir pour pas finir en ingrédient de ratatouille comme Schumacher.

On n’a pas ce problème avec le tire-fesses.

On me raconte qu’un ours est venu la veille pour chercher de la bouffe dans une des yourtes du site, alors ils l’ont flingué à travers la porte. Je suis triste pour l’ours, mais je comprends bien que les Américains n’avaient pas le choix. Ici il n’y ni école ni Noirs, faut bien qu’ils tirent sur quelque chose.

“Lapeyre, y en a pas” (tout court).

Les employés sont tous des jeunes venus du reste des USA pour la saison. Ils vivent entassés dans des yourtes, passent leur journée à déblayer la neige ou faire les chambres, et sont coupés du monde. Et alors que je me demande ce qui les empêchent de se foutre en l’air, je suis invité à passer la soirée avec eux et je trouve la réponse à ma question : ils font constamment des fêtes hardcore. Alcool, cannabis, champignons, MDMA, et LSD font partie de leur quotidien, et ceux que je prenais pour des paumés dans un taf de merde sont en fait des explorateurs de la vie. Après quelques soirées avec ces indigènes saisonniers, je me dis que j’ai bien de la chance d’être complètement mort avec eux, plutôt que littéralement mort avec les Sentinelles.

On peut mener des merguez ou l’amant de sa femme.

La pipeline et le pétrole qu’elle conduit à Valdez permettent à une partie de ses habitants d’avoir les moyens financiers de survivre dans ce trou à lapins (j’ai pas vu de rats). Pour les autres, ils vivent dans des taudis à rendre jaloux nos Roms. Et après avoir chercher ce qui les motive à rester, je pense qu’il y a des choses qui ne s’expliquent pas, comme la carrière de Kalash Criminel. C’est un mode de vie difficile, mais tout le monde est souriant et accueillant. Alors qu’à Paris, les Galeries Lafayettes et l’Apple Store n’empêchent pas les gens d’être des gros cons. La recette du bonheur serait donc d’avoir une vie remplie de plaisirs simples : la pêche, l’amitié, et la drogue.

Ils ont du pétrole ET des idées.

Infiltration réussie. Retour en France pour présenter mes notes de frais et m’inscrire dans la foulée au Pole Emploi.


Article sponsorisé par www.dondorganes.fr et leur fidèle partenaire www.smith-wesson.com.


Mets un commentaire si t'en as une grosse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

2 commentaires sur “INFILTRATION EN ALASKA

  • Anonyme

    Ca ne dit toujours pas comment serrer des meufs en alaska et si elles sont bonnes, combien il faut debouler… Les basiques!!!

    parceque sinon on a les chaine chasse et peche pour voir des ours et viceland pour voir des ploucs se defoncer.

    • sodosopa Auteur de l’article

      En effet, il n’y a aucune ligne à ce sujet parce que notre (ex-)reporter n’a rien trouvé. En conclusion, si vous voulez tirer un coup là-bas, ça sera uniquement avec un fusil.

      Et en parlant de Vice, on salue Suroosh Alvi qui lui aussi était un explorateur de la vie (seringue dans le bras mais bon, chacun son moyen de transport).